Un livre pas comme les autres : « Paradis de 49 »
Un livre pas comme les autres : « Paradis de 49 »
En janvier 2027 la maison d’édition Nouvelle Cité publie en français le texte où Chiara Lubich raconte l’expérience mystique vécue à partir du 16 juillet 1949, sous le titre « Paradis de 49 ». Le texte original italien est en librairie depuis avril 2026, sixième volume d’une collection qui prévoit 14 volumes, regroupant les écrits de la fondatrice des Focolari.
Pour Chiara, « ce texte ne représente pas l’un des nombreux écrits qu’elle a publiés au cours de sa vie : c’est l’expérience qui a marqué profondément toute sa vie, c’est la source inspiratrice de tous les autres textes » [1], qui n’auraient sans doute jamais existés sans cette étincelle fondatrice. En fait, pendant toute sa vie, elle nous a transmis par petites touches ce qu’elle avait vu et compris à ce moment particulier.
Ouvrir ce livre est un peu, dirais-je, comme regarder sous le capot de la voiture que nous conduisons depuis des années, et découvrir ce qui fait la puissance de son moteur.
Des textes qui n’étaient pas destinés à devenir un livre
« Paradis de 49 » n’est pas aussi facile à lire que d’autres livres de Chiara. Il est composé de textes qui n’étaient pas destinés à devenir un livre : des lettres, des pages intimes dans le style d’un journal spirituel, des annotations en vue de conversations, des articles de journaux et des commentaires de textes de l’écriture, des moments autobiographiques et spéculatifs, et même une fable.
Quand j’ouvre ce livre, j’ai parfois l’impression d’accéder au journal intime d’une amie qui me partage en confiance ses sentiments les plus intimes. Ce n’est pas une lecture facile, tant du fait du langage mystique, ponctué de paradoxes, de métaphores et d’expressions contradictoires, que de la densité de certains passages [2]. Parfois je ne comprends pas, parfois une note en bas de page m’apporte une ouverture nouvelle, parfois je reste dubitatif, ou clairement déstabilisé. Et pourtant, c’est étonnant, ça me fait du bien.
Courage et humilité
C’est une Chiara différente de celle que je connaissais par ses autres écrits, la Chiara que j’ai vu parler en public, que j’ai entendue s’adresser aux familles, aux enfants, à des évêques : ce n’est pas l’ancienne institutrice qui déploie ses capacités pédagogiques pour que chaque auditeur se sente à l’aise. Je lui suis reconnaissant pour ce livre, reconnaissant pour son courage et son humilité. Le courage de prendre le risque de ne pas être comprise, d’être critiquée, le risque de se tromper aussi : elle dira « J’ai souvent été tentée de les détruire [ces pages], car j’y trouve des expressions inexactes, inachevées, en raison aussi de mon manque total de préparation théologique et de ma faible expérience spirituelle à cette époque » [3]. L’humilité de ne pas corriger et adapter des passages pour les rendre « politiquement corrects », l’humilité de rendre à Dieu ce qui est de Dieu, surprise elle-même en relisant des passages quelques années plus tard : « La beauté de ces quelques paroles me surprend ! Comment ai-je pu, pauvre créature, écrire de telles paroles ? Cela aurait été impossible sans une inspiration » [4].
Que chercher de nouveau ?
Qu’est-ce qu’on trouve donc de nouveau dans ce livre ? Certainement des approfondissements et des éclairages pour comprendre la pensée de Chiara et son charisme, une aide précieuse à la réflexion théologique et à l’étude de l’histoire de notre Mouvement. Personnellement, disciple du charisme de l’unité depuis ma jeunesse, je reconnais qu’une grande curiosité m’habite : je vais pouvoir connaître, finalement, ces textes mystérieux qui pendant longtemps étaient à l’étude, réservés à des élites savantes.
Mais, lecteur profane et peu habitué à la réflexion théologique, la question qui m’attire le plus n’est pas de m’instruire sur ce que Chiara Lubich a écrit sur Dieu, ce n’est pas non plus de comprendre toutes les implications théologiques de l’expérience spirituelle qu’elle a vécue à la veille de ses 30 ans. En fait, mon désir est plus audacieux et actuel : je cherche « ce que Dieu a voulu révéler de lui-même à travers cette expérience personnelle et collective dans ce contexte historique particulier. Non pas ce que Chiara Lubich a vu, mais ce que Dieu a montré de lui-même, à travers une expérience particulière, à l’humanité toute entière » [5].
Maintenir vivant le charisme
Ce qui m’anime, finalement, c’est de répondre pleinement et avec intelligence, en tant que disciple du charisme de Chiara avec tant d’autres disciples à parts égales, à l’invitation du Pape Léon XIV « Chaque charisme dans l’Église exprime un aspect de l’Évangile que l’Esprit Saint porte au premier plan à une période historique donnée, pour le bien de l’Église elle-même et pour le bien du monde entier. Pour vous, il s’agit du message de l’unité … Outre cet important témoignage d’unité et de paix, c’est à vous, très chers amis, qu’est également confiée la responsabilité de maintenir vivant le charisme de votre Mouvement dans la phase post-fondation » [6].
Igino Giordani avec Chiara Lubich et quelques-unes de ses compagnes, à l’époque où les pages du Paradis de 49 ont été écrites.
Notes
[1] C’est l’avis du théologien Alessandro Clemenzia, doyen de la Faculté de théologie d’Italie centrale et spécialiste de la spiritualité de Chiara Lubich, exprimé lors de la présentation du livre le vendredi 22 mai dans la salle Paul VI de l’Université pontificale du Latran (Rome, Italie). Le texte est publié dans la revue Nuova Umanità n° 3/2026, les citations sont traduites en français par mes soins.
[2] [Paradis de 49] doit être considéré comme un texte autobiographique, intime, parfois difficile à comprendre au premier abord. Dans ce contexte, même les néologismes et les variations sémantiques qui, sur le plan lexical, caractérisent généralement l’écriture mystique, revêtent une importance particulière ». Anna Maria Rossi dans Nuova Umanità 3/2026 (traduction par mes soins) : titulaire d’un doctorat en linguistique et théorie de la littérature, elle est membre de l’école Abbà et conseillère au Centre international du Mouvement.
[3] Citée par Alba Sgariglia – Paradis de 49, introduction
[4] Paradis de 49, note 60
[5] Alessandro Clemenzia, voir note 1
[6] 21 mars 2026, discours du Saint Père Léon XIV aux participants à l’assemblée générale de l’Oeuvre de Marie – Mouvement des Focolari
La version en français du livre «Paradis de 49» sera disponible en librairie à partir du 13 janvier 2027, au prix de 26€.
En pré-commande à 22€ aux éditions Nouvelle Cité jusqu’au 12 janvier.

Un extrait de « Paradis de 49 »
Comment ne pas terminer cet article sans citer quelques passages du livre, partager une petite avant-première en attendant sa publication prochaine ?
J’ai choisi de citer quelques passages que Chiara introduit dans une note, pour nous en donner sa propre clé de lecture : « Cette page est capitale pour mettre en pratique comment nous nous faisons un avec tous. Il faut être néant (Jésus Abandonné) devant chaque frère et ne pas nous préoccuper de communiquer quelque chose de notre Idéal. Nous communiquons en étant néant. C’est notre chemin pour l’inculturation : et sur le néant tous peuvent écrire. Dans ces pages se trouve l’Idéal auquel nous devrons sans cesse nous référer, de façon à aimer non seulement notre Œuvre, mais aussi les autres Œuvres, non seulement notre Église, mais aussi les autres Églises, non seulement l’Église militante, mais aussi l’Église triomphante et l’Église du purgatoire, ainsi que tous les autres, croyants et non-croyants… Voilà notre devoir-être. C’est le patrimoine que je laisse pour l’avenir, pour qu’il y ait toujours de telles personnes. Comme les premières focolarines et les premiers focolarini » (Paradis de 49 – note 482)
28 août 1949
Pour accueillir en soi le Tout, il faut être le néant, comme Jésus Abandonné.
Et sur le néant tous peuvent écrire… Il faut se mettre devant tous dans l’attitude d’apprendre, car il y a réellement à apprendre. Et seul le néant recueille tout en soi et étreint toute chose en unité : il faut être néant – Jésus Abandonné – devant chaque frère pour étreindre en lui Jésus : « Chaque fois que vous l’avez fait… ». Et que sera l’examen final pour celui qui, toute sa vie, a étreint Jésus ? qui s’est fait UN avec Lui ? D’examiné il deviendra examinateur…
8 septembre 1949 – Trente
On peut entrer en l’autre de multiples façons : en s’y poussant comme un grand qui voudrait entrer par une porte trop étroite, par exemple… C’est ce que fait celui qui n’écoute pas son frère jusqu’au bout (il ne meurt pas complètement dans le frère, qui est le Paradis du moi, le Royaume du moi), et veut lui donner les réponses qui lui viennent au fur et à mesure à l’esprit. Ces réponses peuvent être inspirées, mais ne sont pas ce souffle de l’Esprit Saint qui donnerait la vie au frère.
Il y a aussi celui qui (passionnément épris de Jésus Abandonné) meurt plus volontiers qu’il ne vit. Il écoute son frère jusqu’au bout, sans se préoccuper de lui apporter une réponse, qui lui sera donnée à la fin par l’Esprit Saint, qui synthétise en quelques mots, ou bien en un seul, tout le Remède nécessaire.
Celui qui vit en son frère ne possède pas les vertus telles qu’on les entend d’habitude : il est néant. Et le néant n’a que le néant : il n’a ni la pureté, ni l’humilité, ni la patience, ni la mortification, etc., car il est néant. Par conséquent, la vraie pureté est la pureté de la pureté, l’humilité est l’humilité de l’humilité, la patience est la patience de la patience, etc.
Cela signifie vivre les vertus “à la manière de la Trinité”, comme nous disons, c’est-à-dire comme elles sont vécues par la Trinité, qui est Amour.
Or celui qui a une vertu particulière a en réalité le vice opposé.
En effet, quelqu’un qui parle de soi en se dénigrant est spirituellement orgueilleux, à moins qu’il ne se serve de ce discours pour aimer le prochain. Alors ce n’est pas de l’humilité, mais de la charité et à la charité tout est permis.
Pour être Jésus Abandonné vivant il faut vivre continuellement hors de soi : à la folie. De fait Jésus Abandonné est l’Amour fou !
(Paradis de 49 : 539-540, 610-616)
C’est vraiment un livre pas comme les autres.
Fabio Bertagnin
