De Rome à Bruxelles : jeunes, Europe et le courage d’un pacte entre les générations
Le 9 mai à Rome et le 13 mai à Bruxelles n’étaient ni deux moments distincts, ni deux simples anniversaires inclus dans le calendrier de la fête de l’Europe. Au contraire, ils ont exposé les étapes complémentaires du même chemin : d’une part, la réflexion sur les racines, les fragilités et les promesses de l’Europe ; d’autre part, la traduction de cette prise de conscience en responsabilité publique, dialogue institutionnel et engagement partagé.
Promus dans le sillage du réseau Together for Europe, ces deux réunions exprimaient une conviction aussi simple qu’exigeante : l’Europe ne peut pas être seulement un espace politique, économique ou réglementaire. Pour survivre, il lui faut une conscience. Elle doit redécouvrir son âme, non pas comme une formule abstraite ou nostalgique, mais comme une capacité concrète à générer paix, réconciliation, coopération démocratique et fraternité entre les peuples.
À Rome, au Théâtre Rossini, l’événement « Une lumière pour l’Europe dans le crépuscule mondial » a donné forme à ce besoin à une époque marquée par des guerres, des fragmentations, des polarisations et de nouvelles impulsions nationalistes. Le titre même de la réunion suggérait une posture : non pas nier l’obscurité du présent, mais choisir d’allumer une lumière. Non pas une lumière naïve, incapable de lire les crises, mais une lumière consciente, enracinée dans la mémoire historique et spirituelle du continent.
Dans ce contexte, les discours de l’ambassadeur Pasquale Ferrara et du professeur Alberto Lo Presti offrait une profondeur de lecture nécessaire pour comprendre ce qui est en jeu : l’Europe ne traverse pas seulement une crise géopolitique ou institutionnelle, mais aussi une crise de sens. La paix, l’intégration et la coopération démocratique qui ont soutenu le projet européen après les tragédies du XXe siècle ne peuvent être tenues pour acquises. Ils doivent être préservés, relus, transmis et redevincés désirables.
C’est précisément ici que la présence des jeunes d’Ut Omnes prit une signification particulière. Ils n’intervenaient pas comme un simple « quota de jeunesse » au sein d’un programme déjà défini, mais comme une voix capable de remettre en question l’Europe en partant de son présent et de son avenir. Les discours abordaient certains des enjeux les plus profonds du projet européen : la fragilité de la citoyenneté européenne, sa beauté, les racines historiques et spirituelles du continent, les différences internes, les tensions d’intégration, le sentiment de citoyenneté comme horizon commun et, enfin, la nécessité de progresser vers la citoyenneté universelle.
Un point essentiel est apparu : la citoyenneté européenne n’est pas seulement une appartenance légale, mais l’exercice de la responsabilité. Il ne suffit pas de se sentir européen ; nous devons apprendre à voir l’Europe comme un espace de relations, de coresponsabilité et d’ouverture. En ce sens, la contribution des jeunes a montré que l’identité européenne n’est pas préservée en la refermant dans une définition, mais en la rendant capable de dialoguer avec les différences, avec les blessures de l’histoire et avec les défis du monde.
La prière œcuménique pour la paix et la fraternité, tenue à la basilique Santa Maria sopra Minerva, complétait ce premier moment romain par un signe de grande puissance symbolique. À quelques pas du Théâtre Rossini, dans la basilique qui abrite les vestiges de Sainte Catherine de Sienne, patronne d’Italie et d’Europe, des représentants de différentes Églises chrétiennes ont témoigné que la communion n’est pas une uniformité, mais une possible réconciliation entre différentes histoires, sensibilités et traditions.
Dans un continent souvent tenté par l’opposition, ce geste nous rappelait que l’unité ne naît pas de l’annulation des différences, mais de leur transfiguration en relation.
Quatre jours plus tard, à Bruxelles, cette même intuition trouva une nouvelle forme. La réunion Together for Europe, du 11 au 13 mai, a réuni 120 jeunes venus de toute l’Europe et d’ailleurs, représentants de différentes communautés et mouvements chrétiens. Si Rome avait posé la question de l’âme de l’Europe, Bruxelles a tenté de la traduire en un geste politique et générationnel : la présentation et la signature du Pacte intergénérationnel pour une Europe unie au Parlement européen.
Le passage est décisif. Nous parlons souvent des jeunes et de la politique en termes symboliques : les jeunes comme avenir, comme espoir, comme image de renouveau. Mais le Pacte intergénérationnel a tenté d’aller au-delà de cette rhétorique. Il a dit que les jeunes ne sont pas seulement les bénéficiaires des décisions, mais sont déjà présents dans la construction de l’Europe. Et, en même temps, elle rejetait l’idée d’une opposition stérile entre les générations.
Le Pacte, en réalité, n’est pas conçu comme un affrontement entre générations, mais comme une quête d’alliances. Aucune génération n’est suffisante en elle-même et l’Europe ne peut être construite par quelques-uns. Dans cette perspective, la participation des jeunes ne peut pas rester une formule évoquée dans le discours public : elle doit devenir exigeante, continue, concrète. Les jeunes ne se contentent pas d’attendre l’avenir ; ils font déjà partie du présent européen.
Dans ces mots, nous trouvons peut-être le cœur le plus profond de tout ce chemin : l’Europe ne se régénère pas en s’opposant aux jeunes et aux adultes, à la mémoire et à l’avenir, aux institutions et à la société civile. Il se régénère en créant des ponts. Elle se régénère lorsque l’expérience des générations précédentes rencontre le courage, l’agitation et la créativité des nouvelles générations.
Le débat au Parlement européen avec plusieurs membres de l’institution a rendu cette dynamique visible. Antonella Sberna, Leoluca Orlando et Miriam Lexmann ont discuté avec des jeunes de sujets qui touchent le cœur même du projet européen : la dignité humaine, la démocratie, l’interdépendance, la liberté, la lutte contre l’autoritarisme, la responsabilité commune. Il ne s’agissait pas seulement d’« intégrer les jeunes dans les institutions », mais de reconnaître que les institutions doivent être franchies par des relations vivantes, par des questions authentiques, par une pensée capable de replacer la personne au centre.
Le processus préparatoire à Bruxelles avait également une valeur importante. La visite à la Maison de l’Histoire Européenne, les moments interculturels et les ateliers dédiés à l’espoir pour l’Europe, la vocation du continent et la force des jeunes ont montré que la participation ne vient pas de nulle part. Il a besoin de formation, de mémoire, de dialogue, de spiritualité et de comparaison. Il faut un vocabulaire commun, mais aussi la liberté de soulever de nouvelles questions.
De Rome à Bruxelles, la même trajectoire a donc été tracée : de la citoyenneté européenne comme prise de conscience à la citoyenneté européenne comme engagement. De la reconnaissance de la fragilité à la construction d’alliances. Du souvenir des racines à la responsabilité de générer l’avenir. Au cours de ce parcours, Ut Omnes a apporté sa propre contribution spécifique : la conviction que l’unité dans la diversité n’est pas un idéal décoratif, mais une vocation concrète, capable de diriger la vie publique, le dialogue entre les cultures, la paix et la participation démocratique.
Le lien avec Together for Europe apparaît, en ce sens, naturel et fructueux. Les deux réalités partagent l’intuition que l’Europe ne peut être comprise que par ses traités, ses institutions ou ses frontières. L’Europe est aussi une promesse relationnelle : un peuple de peuples appelé à transformer la diversité en communion, la mémoire en responsabilité, la foi en service, la citoyenneté en fraternité.
Le 9 mai, une lumière a été allumée à Rome dans le crépuscule mondial. Le 13 mai à Bruxelles, cette lumière entra dans les institutions, prenant la forme d’un pacte. Entre ces deux moments se pose une question qui concerne tout le monde : quel type d’Europe voulons-nous offrir et, surtout, quel type d’Europe sommes-nous prêts à construire ensemble ?
La réponse qui en a émergé n’est pas un programme fermé, mais un engagement ouvert : préserver l’âme de l’Europe en la concretisant dans les relations, la participation, la paix et le dialogue entre les générations. Parce que l’Europe ne vit pas seulement lorsqu’elle est célébrée. Elle vit quand quelqu’un choisit d’en être responsable.
Angele Mulibinge Kaj
