« Jésus Abandonné ne se dit pas, il se vit »

Volontaire réunionnaise, Pierrette a quitté son île natale fin mai pour rejoindre sa fille et ses petits-enfants en Seine-et-Marne, à Émerainville.
Elle nous partage un bout de son chemin avec les Focolari, de la découverte à cette fraternité indestructible construite au fil des ans à La Réunion.
Fin 1994, un nouveau curé est nommé sur la paroisse Notre-Dame du Bon Secours à Quartier Français (Sainte-Suzanne, dans l’Est de La Réunion) : le Père
Gérard. Et là, toute ma vie a changé. Quand le père faisait ses homélies, c’était comme si mon cœur saignait, c’était tellement parlant et fort qu’il m’arrivait même de pleurer. Jamais je n’avais encore entendu un prêtre parler ainsi, avec profondeur et vérité. Il faut dire qu’à cette époque, j’étais plutôt taciturne. Suite à ma séparation, je ne faisais plus confiance à personne. J’étais concentrée sur ma vie personnelle, mon travail et élever ma fille.

Quelques mois plus tard, le Père Gérard invitait tous les paroissiens à une rencontre de partage et de redécouverte de l’Évangile. J’étais tellement assoiffée
d’en savoir davantage que j’ai accepté de m’y rendre. Ce fut le dimanche 21 mai 1995. Je redécouvrais l’Évangile comme jamais je ne l’avais connu. Je ressentais un grand bouleversement intérieur. En effet, la phrase que le père nous a annoncée a été tellement forte que je n’en ai pas dormi de la nuit : « Dieu nous aime immensément », malgré nos erreurs et nos petitesses à son égard. J’avais toujours connu un Dieu qui punissait à la moindre erreur (c’est ce que l’on nous disait, même à l’école catholique). Je pensais donc que j’étais « condamnée ». Et cette phrase m’a relevée, je devenais l’enfant prodigue qui accordait plus d’importance aux sacrements surtout à l’Eucharistie et à celui de la réconciliation. La prière devenait présente nuit et jour.
Cette découverte de Dieu Amour était une bouffée d’air pour moi, une révélation. Elle a fait de moi une autre personne. Cela m’a redonné confiance en moi, en l’avenir, en Dieu. Je ne pouvais plus revenir en arrière, cela orientait désormais toute ma vie. Même si je continue à faire des erreurs, je suis relevée grâce à la Parole, à cette confiance totale que j’ai en Dieu. J’avais désormais cette sérénité au fond de mon cœur : Dieu est présent ; dans les épreuves, je ne suis pas seule.

Le Père Gérard nous a aussi fait découvrir le groupe Parole de Vie. Nous écoutions des cassettes en italien qu’il nous traduisait en français. Et à chaque rencontre, il nous remettait le feuillet de la Parole de Vie en nous demandant de la mettre en pratique et d’en témoigner. Il nous apprenait à vivre comme une famille. J’appréciais beaucoup cette idée. Tout n’était pas si facile. Il fallait accepter le caractère des autres, aimer son frère ou sa sœur à la manière des enseignements de Chiara Lubich. Quand il y avait des difficultés avec les gens des Focolari, on en parlait pour trouver des solutions et retrouver l’unité. Je me souviens d’une fois où j’avais du mal avec
une personne qui me critiquait sans arrêt. J’étais troublée et j’en ai parlé au père Gérard qui m’a simplement dit : « Est-ce que tu connais Jésus Abandonné ? ».
J’ai répondu : « oui ». Il a ajouté : « Il n’y a qu’une seule voie, c’est Lui, continue à avancer ». J’ai trouvé son attitude très fraternelle. Puis, j’ai réussi à trouver la paix avec cette sœur et je n’ai plus eu besoin d’en parler. Cette façon de vivre Jésus Abandonné passe par le silence et de petites actions concrètes. Jésus Abandonné ne se dit pas, il se vit.
« Je sentais la providence divine chaque jour »
Et maintenant, je suis installée dans l’hexagone. La préparation de mon départ a été très riche. Il fallait déménager toute la maison mise en vente. De bouche à
oreille, de nombreuses personnes de la communauté m’ont proposé leur aide. J’ai réussi à vendre la plupart de mes meubles. J’ai fait don de beaucoup de
choses. Tous les jours, malgré la chaleur de l’été, tout partait petit à petit.
Une volontaire est venue m’aider au repassage, tâche que je ne pouvais pas insérer dans mes journées. Elle m’a aussi aidée à faire du tri dans une grande
partie de la maison. Deux autres volontaires messieurs sont venus prendre tout ce qui était à déposer à la déchetterie. L’un d’eux est revenu peindre un pan du mur de la remise.
Deux amies sont venues m’aider à faire certains de mes cartons. J’ai réussi à établir mon inventaire. La veille de mon départ, je voulais tout nettoyer afin de rendre le lieu propre. J’avais des courbatures et pas trop de force, et une amie de mon groupe Parole de Vie est arrivée pour m’aider sans que je ne m’y attende.
La date de signature était avancée, car l’acquéreur voulait à tout prix habiter la maison plus tôt, et j’ai accepté pour lui faire plaisir. Tout était propre et mon  cœur était comblé.
J’ai vécu des moments forts et je sentais la providence divine chaque jour.
Pour me combler davantage, tous les volontaires se sont réunis pour m’offrir un repas de départ et des cartes de remerciements, accompagnées d’une enveloppe.
J’étais bien surprise, et l’émotion était présente. Mes chers ami.e.s de l’île, je ne les oublierais jamais. Toute cette richesse vécue et partagée, je la dois à la
spiritualité de l’unité, à Chiara et au Père Gérard.

Pierrette